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Fil d'ariane

Accueil / Forums en images / Année 2010 / Antoine de Baecque - Rire en République, rire après la Terreur.
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Antoine de Baecque

Rire en République, rire après la Terreur.

Le rire révolutionnaire semble buter sur la République de 1792, puis, plus encore, sur la Terreur de l’an II. Il s’agit même d’un archétype : un républicain ne rit pas,  encore moins un révolutionnaire de l’an II. Il est vrai que les rieurs des débuts de la Révolution paient un lourd tribut à la guillotine ou aux massacres. Le rire se  brise-t-il pour autant sur la Terreur, qui sonnerait la fin d’une civilisation, celle du bel  esprit hérité de l’Ancien Régime ? Le drame, dans cette vision que développera le romantisme, est l’ultime effort des Français pour être républicains : il s’agit de planter, une dernière fois, le couteau dans le cœur de la comédie. Germaine de Staël propose cette réécriture de l’histoire : le rire y est irrémédiablement associé à l’Ancien Régime monarchique, et l’esprit républicain fait entrer la France dans l’âge du sérieux. Est-ce à dire que le rire est impossible en République ? Ce n’est pas l’avis de nombreux chroniqueurs contemporains, qui ont noté les irrésistibles éclats de rire qui ont immédiatement succédé à la Terreur, et l’ont parfois recouverte. Ainsi de LouisSébastien Mercier, frappé par la coexistence du rire et du terrible, de la comédie et de la tragédie.


Voilà l’une des caractéristiques essentielles du Paris révolutionnaire, comme si on donnait des spectacles de farce après la tragédie. Pourtant, on montrera ici que le rire à la fois précède et suit les scènes tragiques.

 

Antoine de Baecque, historien et critique, est professeur d’histoire du cinéma à l’université de Paris-Ouest-Nanterre