Logo Forum Philo Le Monde Le Mans
Forum Philo Le Monde Le Mans

" Etre humain ? " - Forum Philo 2021

1 - accueil

Du 6 au 7 novembre 2021

« Être humain ? »

Pourquoi ce thème au programme du 33e Forum Philo Le Mans ? D’abord parce qu’il a été suggéré par plusieurs élèves de lycées auxquels on était venu demander quelle question ils aimeraient voir explorer par la prochaine édition des rencontres. Mais aussi, et surtout, parce qu’à l’évidence, avec cette proposition, les élèves exhortaient le Forum Philo, en cette période instable, à revenir à ses fondations. Car à la fin des fins, toute la philosophie, comme discipline ironique et comme connaissance critique, n’a jamais cessé de poser cette question : «qu’est-ce que l’homme ? »

Depuis qu’elle existe, la philosophie est branchée sur cette interrogation qui la fonde en même temps qu’elle la met en mouvement : la pensée, qui apparaît comme le « propre » de l’être humain, se donne aussi pour objet ce « propre » si fragile et si énigmatique. Or il suffit de consulter la liste des précédents Forum Philo pour constater que, année après année, ces rencontres ont creusé des concepts, des pratiques, des élans qui déclinent la fameuse « exception » humaine : le rire, l’art, le tabou, l’amour, la promesse...

Comme l’avait montré le Forum intitulé « Qui sont les animaux ? », en 2009, les perspectives ont beaucoup évolué depuis l’époque où Fichte pouvait écrire : « chaque animal est ce qu’il est ; l’homme seul, originairement n’est absolument rien ; ce qu’il est, il lui faut le devenir ». Mais, par-delà même l’enjeu d’un « règne humain » séparé, et de ses limites souveraines ou menacées (par les recherches sur l’animalité ou sur l’intelligence artificielle, notamment), la question qui se pose est celle de l’éthique et de ses conditions de possibilité : qu’est-ce donc qu’être humain, aujourd’hui ? À quels gestes reconnaît-on une personne qui se montre humaine, simplement et solidement humaine ? Si « se montrer » humain, c’est aussi, peut-être d’abord, offrir cette « épiphanie du visage » dont Levinas affirmait qu’elle était la condition de tout lien et de toute responsabilité, peut-on encore « être humain » quand on doit être masqué ? Telle est l’une des questions auxquelles devront répondre les intervenantes et les intervenants du Forum Philo Le Mans, dans l’esprit de franche pédagogie et de partage exigeant qui distingue cette manifestation depuis plus de trois décennies.

Jean Birnbaum, responsable du MONDE des LIVRES

coordinateur et animateur du Forum

Liste des intervenants :


Raja Chatila : Spécialiste de robotique, d’intelligence artificielle et d’éthique, Étienne Bimbenet : Philosophe, Donatien Grau : Philologue, Dominique Avon : Historien, Stéphane Breton : Cinéaste, ethnologue, Patricia Lojkine : Spécialiste des études littéraires, Marie-Françoise Sales : Philosophe, Étienne Balibar : Philosophe, Sandra Laugier : Philosophe, Camille Froidevaux-Metterie : Philosophe féministe, professeure de science politique, Alain Caillé : Sociologue, Elisabeth Roudinesco : historienne, psychanalyste, Florence Aubenas : journaliste, écrivaine, Andrea Marcolongo : journaliste, essayiste.

 

Programme complet (sous réserve de modification)

SOIREE du samedi 6 novembre: Dans le cadre du Forum Philo Le Monde Le Mans, une projection de Tralala  se fera aux Cinéastes  place des Comtes du Maine à partir de 20 heures, avec une soirée-débat en présence de Jean-Marie Larrieu (co-réalisateur), animée par Aurore Mréjen (philosophe), et Malo Guislain (programmateur des Cinéastes).

Un ticket d'entrée à cette séance de projection-discussion sera réservé à tous les nouveaux adhérents 2021-2022 (à prendre en journée au Palais des Congrès) et l'Association offrira les places restantes dans la limite des disponibilités juste avant la séance.

 

  Bibliographie proposée par l'Association du Forum Philo Le Monde-Le Mans

Supplément littéraire des quatre pages du Monde dédiées au 33ème Forum Philo Le Monde Le Mans, paru le vendredi 29 octobre 2021: page 1, page 2, page 3, page 4

 Ouest France, publié le 15 novembre 2021 : Le Mans. Le forum philo Le Monde Le Mans aura lieu les 6 et 7 novembre

Ouest France, publié le 12 novembre 2019 : Le Mans. « Être humain ? » thème du forum philo 2020

 

 

Entrée gratuite
Passe sanitaire obligatoire à l'entrée & Masque obligatoire au sein du Palais des Congrès

Intervenants

Alain Caillé - sociologue

Respecter le cycle du don
Les humains savent aussi bien faire la bête qu’essayer de faire l’ange, c’est entendu. Mais quand font-ils preuve d’humanité ? A cela, deux réponses. Faire preuve d’humanité, c’est respecter le cycle du don, en sachant aussi bien demander que donner, recevoir et rendre. Mais c’est aussi, aujourd’hui surtout, contribuer à sauver l’humanité des multiples périls qui la menacent, écologiques, politiques, économiques, moraux. Aider à préserver une convivance universelle. Être convivialiste, donc…

Andrea Marcolongo - journaliste et essayiste

Le héros humain. Enée et l’art de résister
Ulysse, Hector, Achille et les autres: les héros du mythe classique ont une dimension épique qui les éloigne de la nature humaine. Cependant, il en est un parmi eux qui est plus humain que jamais : Enée, le protagoniste de l’Enéide de Virgile, qui s’éloigne des ruines de son pays, son père sur le dos et son fils accroché à sa main. Il nous offre une saisissante leçon d’humanité.

Camille Froidevaux-Metterie - philosophe féministe

Être humaine
Longtemps, les femmes n’ont pas été des hommes comme les autres. Assignées à leurs fonctions sexuelle et maternelle, elles se sont vu dénier le statut même d’être humain. La révolution féministe a fait advenir «l’être humaine», qui tient ensemble l’abstraction juridique des droits et l’expérience vécue d’un corps dont toutes les dimensions doivent être saisies au prisme du choix et de la liberté.

Dominique Avon - historien

Naître et mourir selon un mode d’humanité: une histoire de religion et de liberté
Quelles sont les conceptions anthropologiques qui ont servi à justifier la séparation des corps de groupes de défunts? L’être qui naît estil d’abord le petit d’un milieu particulier ou bien un membre de la famille humaine? Les deux questions sont historiquement liées. Les réponses qu’on peut leur donner éclairent l’importance de l’enjeu de la liberté. Cette liberté est devenue un droit quand des juristes se sont accordés sur un présupposé: ce qui est commun aux êtres humains doit primer sur ce qui les distingue.

Donatien Grau - philologue

Quelles humanités pour notre humanité?
Destinées à faire de leur disciple un être humain accompli, les humanités ont dominé la pensée et l’éducation occidentales. Aujourd’hui, elles semblent soit s’accrocher à leur conception la plus étroite soit être perdues face à un discours, des idées qui remettent en cause leurs soubassements civilisationnels. Il conviendra ici d’offrir quelques perspectives pour les préserver, et les repenser : que peuvent-elles bien être et qu’en reste-t-il, quand leurs deux principes, la centralité de l’être humain et la primauté absolue de Jérusalem, d’Athènes et de Rome ne sont plus de mise ?

Elisabeth Roudinesco - historienne

Naître humain, devenir humain : passages et frontières
On naît humain et on le devient, que l’on soit femme ou homme. On ne doit pas opposer le sexe (inné) au genre (construit), ni la différence à l’universel, ni revendiquer la moindre appartenance à une «race», sous peine de favoriser une guerre civile entre deux extrémismes identitaires. Personne ne doit être assigné à résidence. Etre humain, c’est être déterminé à la fois par un ancrage biologique, une vie sociale et une structure psychique

Etienne Balibar - philosophe

Penser et repenser l’humanité comme espèce
Traditionnellement la notion d’«espèce humaine» désigne à la fois un ensemble auquel on peut «appartenir » individuellement et une idée qui possède un caractère normatif. La crise sanitaire mondiale (issue du «franchissement d’une barrière d’espèce») et l’entrée dans l’anthropocène lui confèrent aujourd’hui une matérialité et une signification politique qu’elle n’avait jamais eues auparavant. Il est d’autant plus nécessaire de s’interroger sur son rapport très délicat avec celle de «différences» anthropologiques, ou de divisions de l’humanité en groupes plus ou moins exclusifs.

Etienne Bimbenet - philosophe

Décoller, atterrir. Sur une aporie contemporaine
Deux rêveries opposées enchantent depuis quelque temps notre rapport à l’humain: des rêveries de libération radicale ou au contraire d’enracinement naturel. L’homme se cherche aujourd’hui plus haut et plus bas que lui-même, entre le post-humain et le pré-humain, entre une apesanteur offerte technologiquement et une fusion animale, végétale voire animiste avec la nature. Comment est-ce possible ? Comment peut-on vouloir à la fois décoller et atterrir ? Et comment faire surtout pour que l’émancipation rationnelle ne s’oppose pas, mais au contraire stimule une nouvelle communauté des vivants.

Florence Aubenas - journaliste

Rester humain
Un reporter peut-il raconter des hommes et des femmes, leurs vies et leurs actions, sans les trahir? Quelles relations sont acceptables entre un journaliste et ceux sur lesquels il écrit ? Où placer le curseur entre cautionner et dépeindre ? L’empathie est-elle toujours souhaitable ? Peut-on être humain quand on traite du réel ?

Marie-Françoise Sales Delachambre - philosophe

Penser l’humain à partir du sourire
Il est difficile de concevoir que ce qui constitue notre humanité soit réductible à un sourire. Pourtant le sourire, avec toutes ses nuances, accompagne nos vies humaines. Il est la manifestation et le signe des multiples dimensions de notre humanité. Bien plus, il peut être l’occasion de saisir ce je ne sais quoi qui échappe aux déterminismes. Il laisse alors entrevoir la possibilité d’une société humaine différente, plus attentive à l’esprit et à la liberté.

Patricia Lojkine - spécialiste des études littéraires

Etre humain malgré la faim? Le témoignage de Jean de Léry au XVIe siècle
Bien avant le plan famine nazi et l’interminable siège de Leningrad, bien avant l’affamement des ghettos polonais, la «famine extrême» a été utilisée comme arme de guerre dans la France du XVIe siècle. Le protestant Jean de Léry en livre un témoignage bouleversant à la suite de la Saint-Barthélemy : est-ce la faute des Sancerrois assiégés s’ils se livrent à des comportements « dénaturés » ? Vingt ans plus tôt déjà, jeune missionnaire de retour d’Amérique, Léry avait vécu en mer une éprouvante expérience où l’obsession de nourriture se mêlait aux souvenirs des tribus anthropophages récemment côtoyées. Ses observations d’une bascule dans l’infrahumain n’ont pas pris une ride.

Raja Chatila - spécialiste d’intelligence artificielle et d’éthique

L’être humain est-il un robot comme les autres?
«Les machines peuvent-elles penser?» C’est avec cette question et son «jeu de l’imitation» qu’Alan Turing, inventeur de la machine de Turing universelle – modèle théorique de l’ordinateur –, a introduit il y a soixante-dix ans un débat qui se poursuit maintenant autour de l’intelligence artificielle. Cette question met en cause l’une des caractéristiques de l’être humain, la pensée, et l’ordinateur semble être en train de gagner la partie. Vraiment

Sandra Laugier - philosophe

Humains et dépendances en temps de Covid
La pandémie semble avoir réuni les humains dans une même vulnérabilité. Et, pourtant, elle a révélé des inégalités fondamentales dans la façon dont la maladie atteint et reformate les vies; celles des privilégiés dans la crise, qu’ils traversent à l’aide des services d’autrui; celles des caregivers, soignants, personnels d’aide à domicile, chauffeurs et livreurs. En France, la mortalité par Covid a été deux fois plus élevée pour les personnes nées à l’étranger, surreprésentées dans les professions de care, que pour celles nées en France. Quelle vulnérabilité commune quand une part de l’humanité est massivement mobilisée et exposée pour prendre soin des autres ?

Stéphane Breton - cinéaste, ethnologue

Les morts, les vivants et les pas encore nés
L’humain est le seul être qui ne vive pas au singulier. Il n’est ce qu’il est que parce qu’il habite une maison qu’il a héritée sans l’avoir construite et où d’autres vivront après lui. Cette demeure commune, c’est celle des façons de penser et d’agir sans lesquelles il n’est rien, qu’il n’a pas inventées et qui lui échoient là où il est. On ne peut parler de lui que si l’on inclut tous les autres – les morts, les vivants et les pas encore nés. Sans cette histoire, cela n’existe pas, un humain, et c’est à ce compte que ce qui est universel en lui, c’est qu’à chaque fois il appartient à un monde local et particulier.

Partagez :